Soyez les bienvenus dans la maison des Loyola, ma maison !
Respirez nous allons entrer dans la maison de ma famille pour découvrir, ensemble, mon histoire. L’histoire d’une personne née au sein d’une famille noble, qui une fois adulte, fut victime d’un accident qui faillit lui coûter la vie. Après cet épisode, et surtout, durant ma convalescence dans cette maison, une transformation radicale se produisit en moi. Mais, pardonnez-moi, j’ai commencé à parler sans me présenter : je suis Iñigo de Loyola, tel est mon nom, même si aujourd’hui je suis plus connu comme Ignace de Loyola. Dans ma vie, il n’y a pas seulement eu un changement de nom, mais un changement d’orientation vitale. Et c’est arrivé dans cette maison. Mon projet était de devenir chevalier à la cour, mais je suis devenu un pèlerin à la recherche de Dieu.
J’ai vécu entre deux époques historiques, ce qu’on connaît aujourd’hui comme le Moyen âge et la Renaissance, et les transformations sociales et religieuses de ce moment ont été très présentes dans ma vie et dans mon œuvre.
Oui, c’est dans cette maison que j’ai entrepris un chemin. Un chemin physique et spirituel avec des difficultés, certes, mais qui n’ont pas été des obstacles et ne m’ont pas dévié de mon objectif.
Voix en off :
Cette maison forte d’origine médiévale fut le foyer des Loyola. Elle comprend quatre étages. Tout au long de cette visite, vous parcourrez les pièces où Iñigo de Loyola, petit dernier d’une famille noble, est né, a fait ses premiers pas, a écouté, appris, souffert et connu une renaissance.
Le dernier étage est le cœur de la maison : la chapelle de la Conversion. C’est là qu’Iñigo de Loyola décida de troquer sa vie de chevalier galant, qui jouissait des plaisirs de la Cour, contre une vie au service des autres et donc, à la plus grande gloire de Dieu.
Durant la visite, vous trouverez des points audio numérotés, qui vous guideront dans la maison.
Maintenant, vous allez écouter une petite musique, la marche de saint Ignace. Quand vous l’entendrez, cela voudra dire que le point audio est terminé.
FIN: musique de la marche de saint Ignace
Voix de femme :
Iñigo, tu ne comprendras pas et tu n’apprendras pas la leçon tant qu’on ne t’aura pas brisé une jambe !
Ignacio :
À cause de mes bêtises lorsque j’étais enfant, ma tante me répétait souvent cette phrase, et comme cela arrive souvent, elle eut entièrement raison ! C’est ce qui m’arriva à Pampelune.
Cette sculpture représente les conséquences de cet épisode tragique qui bouleverserait ma vie pour toujours. Moi, Iñigo, à l’âge de 30 ans, je fus gravement blessé en défendant le château de Pampelune, en mai 1521. Et me voici, arrivant chez moi, conduit sur une civière, face à la perspective plus que probable de ma mort. Je reviens chez moi…pour mourir ?
Voix en off :
Le jeune Iñigo, le garçon à la chevelure blonde joliment arrangée, fut éduqué dans une culture médiévale à mi-chemin entre le courage des armes et l’honneur à une culture plus dirigée vers l’administration et le commerce. Un monde, celui de la noblesse, dans lequel – avec courage et honneur – on obtenait des richesses et un statut dominant au sein de la hiérarchie sociale rigide. Le courage d’Íñigo se manifesta surtout durant le siège de la citadelle de Pampelune.
Ce qu’il tenait pour une opportunité pour se couvrir de gloire se révéla être l’inverse, puisqu’Iñigo donna pratiquement sa vie dans une bataille perdue d’avance. Rien ne se passa comme prévu.
Iñigo arriva à Loyola, blessé, épuisé et à l’article de la mort. Il était loin de s’imaginer la transformation que sa vie allait subir !
Pour entrer dans la maison, nous devons franchir une porte surmontée d’un arc brisé, sur laquelle nous pouvoir voir le blason d’armes des Loyola. On y observe deux loups de part et d’autre d’un chaudron. D’un point de vue héraldique, ce blason évoque le pouvoir, car il représente la richesse que la famille possède, en terres et en personnes.
Par ailleurs, le patronyme Loyola signifie bourbier ou endroit boueux, ce qui coïncide avec l’emplacement du terrain de la maison, près d’un ruisseau.
Des années plus tard, le frère d’Iñigo transforma le blason en lui ajoutant les symboles des Oñatz.
FIN : musique de la marche de saint Ignace
Visiteur :
Pom, pom, pom ! (bruit de quelqu’un qui tambourine à la porte)
Serviteur et sons d’ambiance :
Qui va là ? Oñacino ou Gamboíno ?
(on entend le bruit d’une vieille porte, lourde, qui s’ouvre)
Iñigo :
Aujourd’hui nous avons de la compagnie !
On me raconte que l’époque de mes ancêtres fut très troublée. La société d’alors était hiérarchisée et divisée par le pouvoir et le contrôle du territoire et de ses gens.
Dans le cas de Gipuzkoa, cet affrontement mettait en scène les seigneurs des terres. Deux factions s’opposaient : les Oñacinos (la lignée des Oñaz) et les Gamboínos (la lignée des Gamboa).
Les deux factions sont formées de familles très unies par des liens personnels ou de parenté, dénommées les « parientes mayores » ou grandes lignées nobles. Et nous les Loyola, nous en faisons partie.
À l’époque de mon grand-père, cet équilibre entre les seigneurs des factions se trouva menacé par un ennemi commun qui obligerait les Oñacinos et les Gamboinos à mettre de côté leurs différences pour s’allier et s’unir pour le combattre.
Ce puissant ennemi, c’étaient les cités et les bourgs soutenus par le pouvoir royal, dont la zone d’influence s’élargissait de plus en plus et la nécessité de territoire aussi, représentant une concurrence directe qui réduisait considérablement nos rentes et nos revenus.
Comme vous le voyez, la naissance des cités représenta un défi…qui se termina par l’exil de mon grand-père et de membres de notre famille ! Et la destruction des maisons fortes ; même celle-ci, si robuste, fut la proie des flammes !
Oui, cette maison fut une forteresse et elle nous protégea de nos ennemis. Mais surtout, elle est le symbole du pouvoir des Loyola, d’une famille qui doit « valoir plus » en revenus, en hommes, en honneur, tout ce qu’illustre précisément notre blason.
FIN : musique de la marche de saint Ignace
Iñigo :
Hum, quelle odeur ! (bruit de cuisine : feu qui crépite, bruits de vaisselle en céramique, d’ustensiles en bois…) Qu’est-ce que le ragoût sent bon ! C’est de l’agneau ou du sanglier ? Ce serait délicieux avec un peu de sauce tomate ou des pommes de terre…Mais, qu’est-ce que je raconte ? Quand je suis né, en 1491, Christophe Colomb n’avait pas encore découvert l’Amérique. Nous nous précipitons !
Femme :
Faites attention à ne pas vous brûler ! Vous feriez mieux de revenir quand il commence à faire nuit ! Nous nous asseyons autour du feu sur des petites chaises qui craquent, et ensemble, nous commentons les nouvelles de notre grande famille et de la vallée, et aussi celles qui nous arrivent d’un Nouveau Monde, de batailles passées, des aventures des aînés de la famille qui vivent dans des pays lointains. Les filles ont fait de beaux mariages ! Elles vivent avec leur famille tout près d’ici, comme ça nous avons souvent des nouvelles.
Et aussi, nous parlons de l’avenir !
Ignace :
Je me souviens de cette cuisine et de son odeur de fumée incomparable. Une fumée qui venait du bois sous les marmites et qui était aspirée par cette énorme hotte.
C’est dans cette cuisine que j’ai fait mes premiers pas et ici aussi que j’ai reçu mes premières leçons. Entre ces murs, j’ai appris à être une personne honnête. La valeur de la parole donnée, les valeurs humaines et chrétiennes. C’est ici que j’ai forgé ma personnalité, mon héritage Loyola, qui m’a guidé tout au long de ma vie.
J’ai vécu à une époque de transition. Du Moyen âge, j’ai hérité les principes de l’honneur et du sang – et j’ai intériorisé plus tard l’importance des études et de la formation des individus.
Après Loyola, durant mon séjour à Manresa, je vivais comme un mendiant et je me retirais dans une grotte pour prier. Je voulais vivre comme j’imaginais que vivaient les saints. Je mortifiais mon corps avec des jeûnes longs et sévères, qui ont fini par affaiblir ma santé. Dès lors, le mal d’estomac ne me quitterait plus.
À la fin de ma vie, dans ma chambre à Rome, alors que mes compagnons voyaient la mort approcher, ils m’offrirent, devinez quoi…des châtaignes grillées ! Quel festin ! Leur goût et leur odeur parvinrent à me ramener à cette cuisine, à ma maison, une dernière fois ! (crépitement de châtaignes)
FIN : musique de la marche de saint Ignace
Ignacio:
J’étais le treizième enfant, le benjamin. Dans ma famille, on disait aux garçons « église, mer ou cour royale », trois propositions d’avenir définies par l’ordre dans lequel nous naissions. Pour mon frère aîné, c’était facile. Par tradition, il était le seul héritier, autrement dit de la maison, des terres, des propriétés,…tout. Mais moi, le petit…le dernier des 13, qu’est-ce que j’allais bien pouvoir faire ?
Ce bateau dessiné sur le mur de cette chambre témoigne de certaines des entreprises auxquelles se livrèrent mes frères. L’aîné, l’héritier de la famille, embarqua sur un navire et mourut. Le majorat passa à mon frère Martín, le cadet. Un autre de mes frères partit se battre à Naples. Pedro, le sixième, fut prêtre. Mes sœurs, lorsqu’elles se marièrent, quittèrent le foyer.
Pourtant, le bateau symbolise aussi ma vie, parce que ma vie est aussi un voyage. Un voyage qui commence dans cette maison et qui se termine à Rome, en 1556. À Arévalo, où résidait la Cour de Castille, je fus éduqué pour devenir chevalier et j’appris la calligraphie et l’administration. À Pampelune, je faillis mourir. Ensuite, je séjournai à Montserrat, Manresa, Barcelone, Venise, Jérusalem, Alcalá de Henares, Salamanque, Paris, Rome. Ouf ! La plupart des trajets, je les fis à pied, au gré de la providence divine. Les motifs de ces voyages étaient divers, certains pour me former académiquement, d’autres pour me former spirituellement. Et bien que je ne connus jamais l’Extrême-Orient ou l’Amérique, tout juste découverte, mon œuvre, la Compagnie de Jésus, se répandit d’un bout à l’autre du monde connu, grâce à mes compagnons et à mes disciples. La Compagnie de Jésus est née avec un dessein universel.
La première étape fut Arévalo. Juan Velázquez de Cuéllar, grand trésorier du royaume de Castille, et son épouse, María Velasco, qui nous était apparentée, acceptèrent de m’accueillir comme leur pupille à Arévalo. Moi, à la cour des Rois catholiques ! Ce fut une chance, parce que devant moi s’ouvrait la possibilité de devenir maître de mon destin. Je me fis des amis et aussi des ennemis. L’avenir s’annonçait prometteur, pourtant, il me réservait aussi des moments amers.
J’arrivai à Arévalo, dans la province d’Ávila, à l’âge de 15 ans. J’y servis comme page puis comme damoiseau de la cour. Pendant mes années à Arévalo, je maîtrisai peu à peu tout ce qu’un chevalier devait savoir. J’appris à danser, à chanter, à me battre en duel, à lire et à écrire…en castillan. J’aimais beaucoup écouter et jouer de la vihuela, un instrument similaire à la guitare. Écoutons cette belle mélodie !
Musique d’Anchieta…
Les romans de chevalerie, dont j’étais très amateur, me remplirent la tête d’aventures et d’exploits qui me couvriraient d’honneur et me feraient, peut-être, gagner les faveurs d’une dame. Cette arrogance et mes jeunes années me causèrent plus d’une embrouille. Comme tout jeune dans ma position, je fis aussi quelques bêtises.
La vie à la cour de Castille me souriait, mais lorsque mon protecteur mourut et que sa famille tomba en disgrâce, mon avenir s’assombrit. Sur recommandation de la famille de mon protecteur, je devins gentilhomme du duc de Nájera et vice-roi de Navarre, Antonio Manrique de Lara, avec qui nous avions aussi des liens de parenté, puisqu’il était rattaché aux anciens oñacinos de ma famille.
FIN : musique de la marche de saint Ignace
(Bruits de guerre : coups de canon, cris, épées qui s’entrechoquent, flèches qui sifflent…)
En 1521, des troupes de France et de Navarre tentèrent de récupérer le royaume de Navarre en prenant Pampelune. Moi, j’étais au service de mon seigneur, parmi les défenseurs de la ville, qui venaient eux aussi de Castille et de Navarre. Les ennemis étaient nombreux, et nous, en infériorité. Il ne nous restait plus que le château à défendre. La bataille était perdue, mais la folie de l’honneur et de la loyauté, qui me guidait tout entier, ne me permettait pas de me rendre. Un rêve d’honneur tronqué par un coup de canon qui me déchiqueta la jambe droite et me blessa aussi à la gauche. La forteresse se rendit.
Mes compagnons, et aussi les ennemis, essayèrent de me soigner, mais je restai mal en point et affaibli. Ils firent ce qu’ils purent !
Ils me transportèrent jusque chez moi sur une civière, pensant que j’allais mourir. Ici, ma famille m’attendait. Ce furent de durs mois de convalescence, mais miraculeusement, je guéris et…je vécus une profonde transformation intérieure. Enthousiasmé par Jésus Christ, je voulus connaître sa terre et y vivre. Le voyage à Jérusalem à cette époque n’avait rien d’aisé. Et en plus, je devais demander au Pape la permission de partir en Terre Sainte.
Avant d’embarquer à Barcelone, je m’arrêtai au monastère de Montserrat. Quels souvenirs me reviennent de la Vierge de Montserrat ! Après une confession générale et une veillée devant la Vierge, je remis mes habits de noble à un mendiant et revêtis la robe de bure du pèlerin.
À Montserrat, j’entrai chevalier et j’en ressortis pèlerin.
FIN : musique de la marche de saint Ignace
Ignace :
Nous nous trouvons dans la chambre de mes parents. Le lieu de mes deux naissances. Oui, vous avez bien entendu ! Je suis né dans cette chambre en 1491, et je suis né une deuxième fois dans cette maison en 1521. Oui, trente ans plus tard !
Entrer dans cette chambre me remplit d’émotion, car tout petit, je perdis ma mère. J’ai très peu de souvenirs d’elle. Je fus élevé par María Garín, la femme de notre forgeron, comme un de leurs enfants. Ils vivaient dans la ferme Egibar, pas loin de cette maison.
Quand mon frère Martín épousa Magdalena de Araoz, ma belle-sœur, à cause de la différence d’âge, s’occupa de moi comme d’un fils, jusqu’à mon départ pour Arévalo. Quand on me ramena de Pampelune, elle était là à m’attendre.
Comme je vous disais, c’est dans cette chambre que je suis né comme Iñigo, que j’ai vu le jour pour la première fois. Mais voit-on uniquement la lumière en naissant ? Beaucoup de gens, suite à un épisode traumatique, vivent une transformation intérieure, comme cela m’est arrivé à moi.
Pendant ma convalescence, un processus intérieur se produisit en moi qui m’amena à envisager autrement mon avenir. Ce fut une nouvelle naissance : une renaissance. 1521 fut l’année où se matérialisa la conversion qui m’a transformé et m’a donné des forces pour entreprendre un nouveau chemin.
Des années plus tard, à 44 ans, j’eus un autre problème de santé sérieux qui m’amena pour la dernière fois à Azpeitia. Mon frère voulait m’héberger chez lui, mais je refusai. À sa grande surprise et à sa grande colère, je logeai à l’hôpital de la Magdalena, qui accueillait des malades, des pauvres et les déshérités de la société.
Je me consacrai à semer la parole de Dieu. Mon frère m’avertit que j’échouerais. Comme il se trompait !
Nombreuses furent les personnes qui vinrent m’écouter. J’aimais tout spécialement enseigner la catéchèse. Je me battais pour éliminer les vices et encourager une coexistence pacifique entre voisins. J’encourageais le développement de pratiques de piété, de charité et de vertu. Et je parvins même à inspirer la rédaction d’ordonnances qui serviraient à organiser un système de bienfaisance.
Je voulais ainsi réparer le mauvais exemple que j’avais donné à mes compatriotes quand j’étais jeune.
FIN : musique de la marche de saint Ignace
Ignace :
Quelle tranquillité ! Ce lieu invite au recueillement, à établir une communication intime avec Dieu !
Dans ma jeunesse, je ne fus pas très respectueux des dix Commandements. D’ailleurs, je vivais assez à l’écart de l’Église. Aujourd’hui, on me considérerait comme une tête brûlée. Ma jeunesse et la protection que me donnait la puissance de mon lignage firent le reste.
Pendant ma convalescence, je commençai à fréquenter cet oratoire. J’ai passé tant d’heures ici ! Je cherchais la paix. Et avec les lectures religieuses, la prière, la réflexion et la recherche du sens de mes expériences intérieures, je commençai à sentir que mon concept de la vie était en train de changer. Je voulais imiter les saints par amour de Jésus. J’étais obsédé par l’idée de faire pénitence. Je voulais vivre comme les saints ! Si eux l’avaient fait, moi aussi je pouvais.
Et l’autel ! Il est consacré à la Vierge et on y voit représentées deux scènes de sa vie : le tableau, l’Annonciation, qui annonce la naissance de Jésus, et la sculpture de la Piété, qui exprime l’angoisse de Marie à la mort de son enfant. Marie ! Quelle importance tu as eu dans ma vie !
Je n’ai jamais oublié la vision que j’eus de la Vierge Marie pendant mes pires moments. Toujours à mes côtés, elle m’a accompagné et guidé tout au long de ma vie. Je me prostrai à ses pieds sur la route de Jérusalem.
L’oratoire est aussi un autre des lieux symboliques de la maison. C’est ici que saint François de Borgia officia sa première messe.
Je connus Borgia à Alcalá. C’était un jeune homme distingué. Moi, un pauvre étudiant, j’avais vingt ans de plus que lui. Cette première fois, nous ne fîmes que croiser nos regards. Quand il perdit son épouse, il entra chez les Jésuites. Si on m’avait dit qu’un jour il vivrait à Loyola et qu’il deviendrait général de la Compagnie de Jésus !
FIN : musique de la marche de saint Ignace
Ignace :
Nous sommes passés par la salle à manger, nous nous trouvons maintenant dans le salon. C’est ici qu’on recevait et aussi que nous nous amusions parfois, en admirant les premiers livres ou les ornements des murs, auxquels étaient suspendues des tapisseries pleines de figures.
Lors des travaux de restauration de ma maison, on a retrouvé ces étagères que nous voyons, qui servirent sûrement de bibliothèque. C’est là que j’allais chercher de quoi m’occuper pendant ma convalescence. Je voulais lire des livres de chevalerie, auxquels j’avais pris goût à Arévalo. Mais tous les livres que je trouvai traitaient de thèmes religieux et je choisis la Vita Christi et La Leyenda de los Santos. Si vous saviez comme ces deux œuvres changèrent ma vie !
Un blason ! Un lignage ! Ce salon ! Symboles du pouvoir terrestre ! Je décidai de tout quitter et je jurai fidélité à un Seigneur qui n’était pas mortel.
Très vite je me rendis compte que je devais m’instruire si je voulais aider les autres. C’est ainsi que commença un long périple académique qui me conduisit jusqu’à Barcelone, Alcalá de Henares, puis de Salamanque à Paris, où j’arrivai à l’âge de 37 ans. Une ville de 250.000 habitants et plus de 4.000 étudiants. Je dus faire un cours préparatoire et obligatoire, où mes compagnons de pupitre étaient des enfants de 10 ans. Je payais mes études en faisant l’aumône en été sur les riches territoires de Flandres et à Londres.
Le destin est si capricieux ! Mon œuvre ne commença pas dans un salon comme celui-ci, mais se forgea dans une chambre de l’école où je vivais à Paris. L’amitié de mes compagnons de chambre, François-Xavier et Pierre Fabre, s’étendit peu à peu à d’autres compagnons. Nous formions un groupe de 7 camarades qui voulaient vivre dans la pauvreté, au service de Dieu. Notre but était de vivre à Jérusalem, la terre de Jésus. L’homme propose, Dieu dispose ! Je ne retournai jamais à Jérusalem ! Dieu m’avait préparé un autre chemin !
FIN : musique de la marche de saint Ignace
Ignace :
Nous sommes au cœur de cette maison ! La pièce où s’est produite ma transformation !
Cet endroit a beaucoup changé depuis cet événement. Je fus installé dans une des chambres de cet étage. Tous attendaient l’issue fatale. Les os de ma jambe s’étaient mal soudés. Les médecins tentaient de soulager mes douleurs et de soigner la blessure de la jambe. Je ne me suis jamais plaint ! Je me suis soumis à des opérations terriblement douloureuses, qui ne m’évitèrent pourtant pas de boîter pour le reste de mes jours.
Je délirais jour et nuit en proie à de terribles souffrances. Quelle douleur physique ! Un jour, les médecins annoncèrent ma mort imminente, mais Dieu en voulut autrement …
Ma convalescence fut longue et pénible. Très vite, je commençai à me poser des questions sur mon avenir. Ma jambe boiteuse m’empêcherait de retrouver ma vie antérieure ! Qu’allais-je devenir ?
Dans mes nuits d’insomnie, j’aimais aller à la fenêtre de ma chambre pour admirer les étoiles. Je restais absorbé des heures et des heures à les regarder briller.
Dans la journée, je cherchais à occuper mon temps par la lecture. Les longues heures consacrées à la Vie du Christ et des Saints me causaient un certain trouble intérieur. Mon caractère, véhément de nature, commençait à haïr ma vie antérieure. Je ne comprenais pas ce qui se passait ! Jusqu’à ce que je me rendis compte que c’était Dieu qui me parlait depuis mon intérieur. C’est à partir de ce moment que se produisit peu à peu ma conversion. Je pris la détermination de suivre l’étendard de Jésus, qui serait mon seul Seigneur. L’exemple que je voyais dans les saints m’anima à suivre son chemin.
C’est ce moment exact que représente la sculpture que nous voyons dans la chapelle. Je suis représenté allongé, avec la jambe blessée bandée, habillé comme un noble de l’époque. Je fais une pause dans ma lecture. Dans une main, je tiens le livre que je lis ouvert, et à côté repose un deuxième livre, fermé. Mon visage, tourné vers le ciel, semble écouter l’appel de Jésus et ma volonté de le suivre en tout. C’est le moment de ma conversion, que rappelle la phrase sculptée sur la poutre :« Ici Ignace de Loyola s’est consacré à Dieu ». Et voilà, c’est ainsi que ça s’est passé. Tout a commencé ici !
FIN : musique de la marche de saint Ignace
Ignace :
J’ai quitté Loyola sans révéler à mon frère Martín mes véritables intentions. Comme il ne voulait pas que j’abandonne ma vie de courtisan, je lui racontai que j’allais rendre visite au duc de Nájera, mon ancien seigneur, et régler quelques affaires.
Ma première halte fut à Aránzazu où, devant la Vierge, je fis vœu de chasteté. De là, je me dirigeai à Montserrat, où je fis une confession générale. Sur la route de Barcelone, où je devais embarquer, je m’arrêtai à Manresa, où je ne pensais passer que quelques jours. Ces quelques jours se convertirent en une année.
Je vivais pauvrement, comme un mendiant, accueilli par les bonnes gens de cette ville. Je me retirais souvent dans une grotte en dehors de la ville, où je passais de longues heures à prier. Je vécus des moments très difficiles et sombres, mais je pus en sortir avec la grâce de Dieu.
Je me souviens très bien qu’un jour, en regardant la rivière Cardoner qui passait au loin, les yeux de mon esprit commencèrent à s’ouvrir, et cela en une telle illumination que toutes ces choses me parurent nouvelles. Je ressentis une grande paix et de la confiance en l’avenir. Je compris que ce que j’avais reçu jusqu’à ce moment pouvait servir aux autres et je commençai à mettre par écrit mes expériences. Ce carnet de notes est l’origine des Exercices spirituels, un manuel de pratiques et de conseils qui aident la personne à trouver sans artifices la volonté de Dieu.
Je nouai de grandes amitiés à Manresa, avec des hommes et des femmes qui m’aidèrent beaucoup. Je pris congé et suivis mon chemin jusqu’en Terre sainte, où je ne fus pas autorisé à rester. Au retour, fermement décidé à me former, je passai par Barcelone, Alcalá de Henares, Salamanque puis j’arrivai à Paris. Une fois mes études terminées, je partis pour Venise, où je retrouvai le groupe de compagnons mentionné auparavant, avec l’intention d’aller à Jérusalem. Nous voulions vivre dans la pauvreté et servir Dieu sur la terre de Jésus. Pendant que nous attendions l’embarquement, je fus ordonné prêtre. Nous vivions alors des années de violence : en Méditerranée, une guerre se livrait contre les Turcs. En Europe, les guerres politiques et de religion, la peste… empêchèrent notre rêve d’aboutir. C’est pourquoi nous décidâmes de nous mettre au service du Pape.
Sur le chemin, j’éprouvai plein de sentiments spirituels. Le plus important fut celui que je ressentis en priant dans la chapelle de la Storta, à proximité de Rome, où j’eus une vision. Dieu le Père s’adressait à Jésus qui portait la croix en lui disant de me prendre à son service. Jésus se tourna et me dit :
Jésus :
Je veux que tu nous serves.
Ignace :
En sortant de la chapelle, je dis à mes compagnons de voyage que j’ignorais ce que nous allions trouver à Rome mais que nous étions certainement sur le bon chemin pour réaliser notre projet, qui était de suivre Jésus jusqu’à la fin.
Quelques années plus tard, le Pape Paul III approuva la constitution de notre groupe d’amis comme un nouvel ordre religieux, la Compagnie de Jésus. Dès le début, en réponse aux demandes du Pape et aux nécessités de l’Église, nous nous répandîmes à travers tout le monde connu.
Mes compagnons me choisirent pour supérieur et je dus rester à Rome, pour écrire et donner forme à la Compagnie de Jésus. Je n’en sortis pratiquement plus, jusqu’à ma rencontre avec Dieu le 31 juillet 1556.
FIN : musique de la marche de saint Ignace
Ignace :
Nous sommes arrivés à la fin de la visite de ma maison. À partir de maintenant, vous n’entendrez plus ma voix, mais je reste à vos côtés.
Comme vous le verrez, le chemin que je commençai dans cette maison continue et comme je vous le disais, j’aimerais continuer à vous accompagner. Ensemble, nous avons quitté ma maison natale et par le couloir, nous sommes entrés dans des dépendances qui font partie du sanctuaire de Loyola.
Un itinéraire commence alors qui vous fera visiter une exposition dans laquelle ma vie est représentée à travers des œuvres artistiques, des objets et des panneaux. Et comme maintenant vous la connaissez, vous en reconnaîtrez facilement plusieurs passages.
Cette exposition ne raconte pas seulement mon histoire, elle narre aussi l’histoire de la Compagnie de Jésus, fondée en 1540. Un travail dans lequel je fus accompagné par d’excellents collaborateurs, qui m’ont aidé à consolider un ordre religieux masculin présent aujourd’hui dans le monde entier, au service des autres.
Il est incroyable de voir ce qu’est devenu aujourd’hui l’œuvre qui a commencé un jour avec 10 compagnons !
FIN : musique de la marche de saint Ignace